...Aux fleurs...
C'était le soir, la nuit, l'aurore, je ne sais plus...
La lune labourait dans le champ perclu d'or
Des nuages sereins dont le noir flanc saignait
Leur sang se déversait comme de vieux trésors
Sur mon visage absent que la peur renseignait
Il était tard, je crois, enfin, je ne sais plus. Ma mémoire s'évapore aux chauds rayons de la tristesse...
Au loin un loup plaintif pleurait sur ma misère
Sa voix tombait sur moi comme des notes vides
Tandis qu'un aigle triste attrapait das ses serres
Une petite bête à la face livide
Oui, je m'en rappelle maintenant, c'était il y a longtemps, fort longtemps, avant que le monde fût monde, et que les Elessar apparussent.Avant que les Elessar apparussent...
Une fleur solitaire à mon côté gisait
Elle me regardait des tristes yeux des fleurs
Qui disent Mais regarde Homme ce que tu fais
Tu restes seul assis enfermé dans ta peur
Cette fleur me regardait. Elle était immensément triste. Elle avait comme quelque chose de prophétique à l'intérieur de ses yeux. La rosée se mêlait à ses larmes. A ses larmes..
Cette fleur tout à coup me dit Mais change enfin
Aide-moi Aide-moi Ne vois-tu pas ma mort
Pendant que tu décris je meurs de froid de faim
Aide-moi Aide-moi O aide-moi d'abord
Cette dernière ne s'adressait pas à moi, ce que, longtemps, je crus. Il me semblait voir, non comme des symboles, mais comme des réalités, des centaines d'Hommes, derrière, et devant moi, à qui la fleur s'adressait. Aucun de nous, ni eux, ni moi, ne l'écoutâmes. Nous la piétinâmes, elle. Elle, et sa famille...
Aujourd'hui le remords m'étouffe et me contraint
Il n'y a plus de fleurs mais d'autres sont venues
Irons-nous tous ensemble en ces Combats dépeints
Pour sauver de la mort ces pauvres ingénues